Dans une atmosphère empreinte de gravité et de responsabilité, le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a ouvert la 10ᵉ édition du Forum international de Dakar, un rendez-vous devenu incontournable pour la réflexion stratégique sur la sécurité du continent africain. Devant une assemblée de haut niveau, marquée par la présence de plusieurs chefs d’État africains, le Président sénégalais a livré un discours à la fois lucide, engagé et profondément humain.
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Julius Maada Bio, président en exercice de la CEDEAO, ainsi que son homologue mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Leur présence a renforcé le caractère continental de ce forum, symbole d’un dialogue africain sur des enjeux qui touchent directement l’avenir des peuples.
Dès l’entame de son allocution, Bassirou Diomaye Faye a tenu à rappeler le contexte dans lequel le Forum de Dakar a vu le jour, il y a plus d’une décennie. À l’époque, la montée du terrorisme au Sahel et dans la Corne de l’Afrique imposait déjà une réflexion urgente sur les mécanismes de défense et de coopération. Aujourd’hui, a-t-il souligné, cette plateforme est devenue un espace majeur où l’Afrique peut analyser ses propres défis sécuritaires et faire entendre sa voix sur la scène internationale.
Mais le Chef de l’État a estimé que le moment actuel exige davantage qu’un simple diagnostic. « Le monde dans lequel nous vivons est marqué par une profonde instabilité », a-t-il averti, évoquant un contexte international secoué par des conflits armés, des tensions économiques entre grandes puissances et des crises humanitaires aux conséquences globales. Un environnement incertain qui fragilise les équilibres et rend les alliances plus complexes.
Dans ce climat troublé, l’Afrique, selon lui, paie un lourd tribut. Le terrorisme continue de s’étendre, la criminalité organisée se renforce, tandis que des menaces plus diffuses, comme la cybercriminalité et la désinformation, s’installent durablement. À ces défis s’ajoutent les effets du changement climatique et les risques sanitaires, accentuant la vulnérabilité de nombreux États déjà fragiles.
Face à cette accumulation de crises, Bassirou Diomaye Faye a posé une question fondamentale : comment l’Afrique peut-elle sortir durablement de l’instabilité ? Pour le Président sénégalais, la réponse commence par une prise de conscience collective et une volonté claire de reprendre le contrôle de son agenda sécuritaire. « Nous ne devons plus accepter que notre sécurité soit pensée ailleurs », a-t-il martelé, appelant à une souveraineté assumée, à la fois stratégique, économique et numérique.
Cette souveraineté passe également, selon lui, par une meilleure gestion et une valorisation accrue des ressources naturelles du continent. Riche en minerais et en ressources énergétiques, l’Afrique doit aller au-delà de l’exportation brute et investir dans la transformation locale, afin de garantir une juste rémunération et un développement plus inclusif. Toutefois, le Président a tenu à préciser que souveraineté ne rime pas avec isolement. La coopération régionale et continentale demeure, à ses yeux, une nécessité absolue.
Dans cette dynamique, plusieurs axes d’action ont été proposés. Le Chef de l’État a insisté sur le renforcement des mécanismes africains de prévention et de gestion des conflits, ainsi que sur la nécessité de rendre pleinement opérationnelles les forces africaines en attente. Il a également plaidé pour un financement plus stable des initiatives sécuritaires, porté en priorité par les États africains eux-mêmes.
La coopération régionale, notamment pour contenir l’expansion du terrorisme vers les zones côtières, a été présentée comme une urgence. À cela s’ajoute l’ambition de développer une véritable industrie de défense africaine, afin de réduire la dépendance du continent vis-à-vis des équipements militaires importés.
Au-delà des aspects purement sécuritaires, Bassirou Diomaye Faye a voulu rappeler que le développement reste l’arme la plus durable contre l’instabilité. La jeunesse africaine, a-t-il affirmé, constitue un atout majeur. Investir dans l’éducation, la formation professionnelle et le numérique est essentiel pour offrir des perspectives et prévenir les dérives liées au chômage et à la marginalisation.
Dans un passage particulièrement émouvant, le Président sénégalais a recentré le débat sur l’humain. Derrière les chiffres et les analyses stratégiques, a-t-il rappelé, se trouvent des vies brisées : des enfants privés d’école, des familles déplacées, des jeunes privés d’avenir. Une réalité qui impose des choix courageux et responsables.
Enfin, il a souligné l’importance de l’intégration africaine, à travers des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale africaine et les ambitions portées par l’Agenda 2063. Pour lui, seule une Afrique unie, solidaire et stratégiquement engagée pourra relever les défis complexes de son époque.
Le message délivré à Dakar est sans équivoque : l’Afrique dispose des ressources, des talents et des capacités nécessaires pour assurer sa sécurité et son développement. À condition, toutefois, de renforcer son unité et d’assumer pleinement des choix stratégiques pensés par et pour les Africains.
Source RTS : https://www.rts.sn/actualite/detail/a-la-une/forum-de-dakar-bassirou-diomaye-faye-appelle-a-une-afrique-souveraine-et-maitresse-de-sa-securite
