Crise au sommet de l’État : Après la guillotine contre les ministres, Pastef face au dilemme des Directeurs généraux

Le divorce est désormais acté, officiel et gravé dans le marbre du nouveau gouvernement d’Ahmadou Al Amine Lô. La rupture entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko a franchi un point de non-retour. Alors que le parti au pouvoir, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), avait officiellement décidé de boycotter la nouvelle équipe gouvernementale, l’annonce de la liste finale a agi comme un électrochoc. Entre exclusions immédiates et suspicion de dissidence, le parti de Sonko est en pleine purge interne. Prochaine étape cruciale : le sort des Directeurs généraux des sociétés publiques.

Le casus belli : Le refus de siéger et les « insoumis » du gouvernement

Selon Ousmane Sonko, les consultations avec le chef de l’État ont certes révélé des convergences, « mais aussi et surtout des points de désaccord, notamment autour de la place et du rôle de la majorité dans le dispositif exécutif, dont nous ignorons tout de la structure ». Fort de ce constat, la consigne de Pastef était claire : aucun ministre ne devait représenter le parti.

Pourtant, la liste définitive est venue contredire cette ligne officielle. Quatre ministres issus des rangs des Patriotes y figurent en bonne place : Balla Moussa Fofana, Yankhoba Diémé, Ibrahima Sy et Alioune Ndione. À cette liste s’ajoute le cas de Déthié Fall, qui avait récemment dissous son propre parti pour se fondre dans Pastef. Plus incisif encore, le journal Yoor Yoor, connu pour sa ligne pro-Sonko, n’a pas hésité à élargir la liste des « coupables », qualifiés de « transhumants de l’intérieur », en y incluant Cheikh Diba, Bakary Sarr, Abdoul Ahad Ndiaye et Marie-Angélique Diouf.

La guillotine de Pastef est en marche

La réaction de la machine du parti ne s’est pas fait attendre. Aussitôt les décrets de nomination signés, les sanctions politiques sont tombées comme un couperet :

  • Yankhoba Diémé a été formellement exclu par la coordination de Pastef Bignona.

  • Ibrahima Sy a été purement et simplement banni des plateformes de communication du parti à Podor.

Pour la direction du parti, la jurisprudence est claire. Un député de la mouvance de Sonko a d’ailleurs résumé la situation sans ambiguïté : tous les responsables du parti nommés dans ce gouvernement se sont, de fait, auto-exclus. Si cette logique de fer est maintenue, les autres ministres « réfractaires » devraient subir le même sort dans les prochaines heures.

Le prochain grand test : Le dilemme des Sociétés Publiques

Une fois le sort des ministres scellé, Pastef se retrouve face à un autre chantier tout aussi explosif : la gestion des directeurs généraux (DG) des sociétés publiques et parapubliques.

Au tout début de la rupture Diomaye-Sonko, le parti avait adopté une posture de souplesse. Face aux démissions spontanées de certains DG en signe de fidélité à Sonko et aux interpellations des militants sur les réseaux sociaux, Pastef avait publié un communiqué rappelant que « l’exercice ou la renonciation aux responsabilités publiques est un choix individuel librement consenti ».

Mais la donne a changé. En rejetant les consultations individuelles pour la formation du gouvernement et en centralisant la décision à l’échelle du parti pour les ministres, Pastef a créé un précédent de discipline de parti. Le choix de rester à la tête d’une direction générale peut-il encore être qualifié d’« individuel » ? Rien n’a encore été arbitré, mais la cohérence politique voudrait que le parti exige le retrait de ses DG. Il serait en effet difficilement compréhensible d’imposer une ligne de rupture radicale pour l’exécutif tout en laissant aux DG une liberté totale, alors même que les sociétés publiques restent les leviers économiques majeurs pour mener les politiques de l’État.

Heure de vérité : Qui choisira Sonko, qui choisira Diomaye ?

La grande reconfiguration des fidélités est lancée. L’heure est au comptage des forces entre la loyauté historique envers le leader de Pastef et l’attraction du pouvoir d’État incarné par le Président de la République.

D’un côté, les loyalistes radicaux s’alignent derrière la figure d’El Malick Ndiaye ou de Waly Diouf Bodian, ce dernier ayant d’ores et déjà réaffirmé sa proximité indéfectible avec Ousmane Sonko. De l’autre, des cadres décident de suivre leur propre voie au sein de l’appareil d’État, à l’instar de Yankhoba Diémé.

Le cas des médias publics est à ce titre particulièrement scruté. Le comportement du Directeur général de la RTS, Pape Alé Niang, suscite déjà de vifs commentaires. Son positionnement en faveur de Bassirou Diomaye Faye semble se dessiner, notamment à travers l’absence très remarquée des caméras de la télévision nationale lors de l’installation d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale.

Si cette tendance se confirme, le camp de Sonko pourrait voir une vague de départs massifs de cadres et d’alliés au profit de la nouvelle légitimité présidentielle. La bataille pour le contrôle des bases politiques et des leviers de l’État ne fait que commencer.

Rédaction Senewcom

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *