DAKAR — Le feuilleton judiciaire et politique autour des fonds secrets de l’Exécutif sénégalais franchit une nouvelle étape. Faute d’avoir obtenu gain de cause devant les juridictions nationales, le magistrat Ibrahima Hamidou Dème a annoncé avoir saisi la Cour de justice de la CEDEAO pour exiger la publication des montants alloués à la Présidence et à la Primature.
C’est une sortie du Premier ministre Ousmane Sonko qui a mis le feu aux poudres. En évoquant publiquement la gestion d’une enveloppe de plus de 1,7 milliard de francs CFA liée à ses fonctions, le chef du gouvernement a suscité autant de curiosité que d’interrogations au sein de la classe politique et de la société civile.
Le flou autour du milliard de la Primature
Pour le président du parti ETIC (Ensemble pour le Travail, l’Intégrité et la Citoyenneté), la transparence ne peut s’arrêter à une simple annonce. Le juge Dème pointe du doigt un manque de précision crucial sur la nature réelle de ces fonds.
« Monsieur Ousmane Sonko a affirmé qu’il disposait, en tant que Premier ministre, d’un fonds politique de plus de 1,7 milliard F CFA. Mais il n’a pas précisé s’il s’agissait d’une dotation annuelle ou trimestrielle », a déclaré le magistrat.
Estimant que le droit constitutionnel à l’information des citoyens est en jeu, l’ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) réclame des comptes détaillés.
La CEDEAO comme ultime recours
Cette offensive internationale intervient après un premier revers à Dakar. Début mai, la Cour suprême du Sénégal avait rejeté le recours en référé du magistrat, déclarant sa requête irrecevable pour défaut d’intérêt personnel et direct. Une décision perçue par le leader d’ETIC comme un refus d’arbitrer un débat d’intérêt public majeur.
Refusant de baisser les bras, le juge Dème se tourne désormais vers la juridiction communautaire d’Abuja :
« Dans l’attente d’informations plus détaillées, j’ai officiellement saisi la Cour de justice de la CEDEAO afin d’obtenir de l’État du Sénégal la publication des montants des fonds politiques alloués au président de la République et au Premier ministre. »
Un symbole fort face aux promesses de rupture
Au-delà de la bataille juridique, cette saisine sonne comme un test politique pour le nouveau régime, arrivé au pouvoir avec une forte promesse de reddition de comptes et de rupture systémique (« Jub, Jubal, Jubanti »). Traditionnellement qualifiés de « caisses noires » en raison de l’opacité totale de leur gestion, les fonds politiques restent un sujet extrêmement sensible au Sénégal.
En déplaçant le litige devant la CEDEAO, Ibrahima Hamidou Dème espère contraindre l’État sénégalais à jeter les bases d’une transparence budgétaire absolue, alors que la société civile réclame depuis des décennies l’encadrement, voire la suppression pure et simple de ces lignes de crédit.
Rédaction Senewcom
