À l’heure de quitter ses fonctions après près de dix ans de magistère, le Premier président sortant de la Cour des comptes, Mamadou Faye, s’est confié à nos confrères de L’Observateur. Entre réformes structurelles, rayonnement international, mise au point sur la « dette cachée » et passage de flambeau, il livre un bilan exhaustif et sans langue de bois.
C’est une page majeure de l’histoire de la gouvernance financière du Sénégal qui se tourne. Après une décennie passée à la tête de la plus haute institution de contrôle des deniers publics, Mamadou Faye s’apprête à céder son fauteuil. Le magistrat laisse derrière lui une institution qu’il juge profondément modernisée et transfigurée : « La Cour des comptes d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui », affirme-t-il avec assurance.
Une institution transformée et rayonnante à l’international
Sous son impulsion, la Cour a opéré sa mue, notamment grâce au renforcement quantitatif et qualitatif de ses effectifs de magistrats vérificateurs. Une montée en puissance qui a permis d’accroître considérablement le volume et la rigueur des productions de l’institution.
Ce dynamisme interne s’est doublé d’une éclatante reconnaissance hors des frontières sénégalaises. Durant son mandat, la Cour a présidé des instances continentales et francophones de premier plan, telles que l’AFROSAI et l’AISCCUF, tout en intégrant le prestigieux Comité directeur de l’INTOSAI (l’organisation mondiale des institutions de contrôle). Une crédibilité internationale qui fait aujourd’hui de la Cour des comptes du Sénégal un partenaire sollicité par de nombreux États et bailleurs de fonds pour auditer l’usage de l’argent public.
L’affaire de la « dette cachée » : La mise au point technique
Interrogé sur la vive polémique entourant la supposée « dette cachée » qui a agité le débat public, Mamadou Faye a choisi la voie de la prudence et de la rigueur technique, réfutant d’emblée l’expression :
« Vous ne verrez pas, dans une page du rapport, où c’est mentionné dette cachée », tranche-t-il catégoriquement.
Pour le président sortant, les divergences constatées relèvent d’une querelle de chapelles méthodologiques. Le différend oppose la méthode du TOFE (Tableau des opérations financières de l’État), axée sur le ratio dette/PIB, à la méthode budgétaire classique. Selon lui, l’utilisation correcte de certains outils techniques, comme le tableau de passage, aurait dû harmoniser les résultats. Soucieux de ne pas jeter d’huile sur le feu, il invite les observateurs à s’en tenir strictement au texte officiel des rapports.
